« Vues de médias »: présentation d’une rubrique

Photo prise l'année dernière et reflétant particulièrement "l'homogénéité des produits" journalistiques décrite par P. Bourdieu

« Vues de médias » est une rubrique inspirée des constats de Pierre Bourdieu ou de Serge Halimi sur le champ journalistique. Cette revue de presse, commentée ou pas, volontairement irrégulière ou anachronique, relaiera uniquement des informations diffusées par des médias indépendants ou alternatifs. Cette présentation cite des passages de Sur la télévision représentant particulièrement le fonctionnement du système journalistique français, et propose une vidéo de P. Bourdieu.

« Vues de médias » est une rubrique inspirée des constats de Pierre Bourdieu ou de Serge Halimi sur le champ journalistique. Rappelons que leurs travaux ne constituent pas une critique pure et simple du système, une « dénonciation ». Ils visent à donner les moyens de comprendre la manière dont s’organise une société, ou un champ, afin que ses acteurs, s’ils le souhaitent, puissent trouver des solutions pour le changer. Leurs analyses nous permettent aussi de prendre conscience du rôle social que le système nous fait jouer individuellement, en tant que nous sommes agents de ce système, subissant son influence. Un système n’est pas déterminé au préalable par un groupe de personnes, ou par un dieu, il n’est pas orchestré à la manière d’un complot. Dans un même temps, nous le constituons et il agit sur nous; inconsciemment ou pas.

Afin d’éviter le même processus mis en lumière par Pierre Bourdieu dans Sur la télévision (voir citations ou vidéo ci-dessous), et rejoindre dans un même temps les « subversifs » et « les casse-pieds », nous nous efforcerons de tenir une revue de presse volontairement irrégulière, anachronique, et ne s’informant qu’à partir de supports médiatiques indépendants ou alternatifs. Il existe en effet des médias qui ne subissent pas, ou moins que d’autres, les effets négatifs du système journalistique et son mode de fonctionnement. Ces derniers offrent une autre manière de voir l’actualité, en diffusant des informations, des questionnements et des points de vue qui ne sont pas relayés ou admis par les médias dominants (ceux qui ont pignon sur rue et que l’on entend largement). Ces autres médias s’extraient, de fait, de l’idéologie dominante actuellement en vogue, du bien pensé et de l’auto-censure collective tels qu’expliqués par P. Bourdieu, ou S. Halimi dans Les nouveaux chiens de gardes.

Parce que cela fait déjà beaucoup de lecture pour un dimance, un article du Plan B, non diffusé sur internet, vous sera présenté dans la semaine…

 

Citations issues de Sur la télévision ayant guidé la contitution de la rubrique « Vues de médias » :

Nous disons beaucoup moins de choses originales que nous ne le croyons. Mais c’est particulièrement vrai dans des univers où les contraintes collectives sont très fortes et en particulier les contraintes de la concurrence, dans la mesure où chacun des producteurs est amené à faire des choses qu’il ne ferait pas si les autres n’existaient pas ; des choses qu’il fait, par exemple, pour arriver avant les autres. Personne ne lit autant les journaux que les journalistes, qui, par ailleurs, ont tendance à penser que tout le monde lit tous les journaux […].
Pour les journalistes, la lecture des journaux est une activité indispensable et la revue de presse un instrument de travail : pour savoir ce qu’on va dire, il faut savoir ce que les autres ont dit. C’est un des mécanismes à travers lesquels s’engendre l’homogénéité des produits proposés. Si Libération fait sa une sur tel événement, Le Monde ne peut pas lui rester indifférent, quitte à se démarquer un peu […] pour marquer la distance et garder sa réputation de hauteur et de sérieux. […] Dans les comités de rédaction, on passe une part considérable du temps à parler d’autres journaux, et en particulier de « ce qu’ils ont fait et qu’on n’a pas fait » (« on a loupé ça ! ») et qu’on aurait dû faire – sans discussion – puisqu’ils l’ont fait.
[…]
Cette sorte de jeu de miroirs se réfléchissant mutuellement produit un formidable effet de clôture, d’enfermement mental.
[…] le fait que les journalistes qui, au demeurant, ont beaucoup de propriétés communes, de condition, mais aussi d’origine et de formation, se lisent les uns les autres, se voient les uns les autres, se rencontrent constamment les uns les autres dans des débats où l’on revoit toujours les mêmes, a des effets de fermeture et, il ne faut pas hésiter à le dire, de censure aussi efficaces – plus efficaces même, parce que le principe en est plus invisible – que ceux d’une bureaucratie centrale, d’une intervention politique expresse.
[…]
On ne peut pas se représenter ce milieu comme homogène : il y a des petits, des jeunes, des subversifs, des casse-pieds qui luttent désespérément pour introduire des petites différences dans cette énorme bouillie homogène qu’impose le cercle (vicieux) de l’information circulant de manière circulaire entre des gens qui ont en commun – il ne faut pas l’oublier -, d’être soumis à la contrainte de l’audimat, les cadres eux-mêmes n’étant que le bras de l’audimat.
[…]
L’audimat, c’est cette mesure du taux d’audience dont bénéficient les différentes chaînes […]. On a donc une connaissance très précise de ce qui passe et ce qui ne passe pas. Cette mesure est devenue le jugement dernier du journaliste : jusque dans les lieux les plus autonomes du journalisme, à part peut-être Le Canard enchaîné, Le Monde diplomatique, et quelques petites revues d’avant-garde animées par des gens généreux et « irresponsables », l’audimat est dans tous les cerveaux. […] Partout, on pense en termes de succès commercial. Il y a simplement une trentaine d’années, et ça depuis le milieu du XIXè siècle, depuis Baudelaire, Flaubert etc., […] le succès commercial immédiat était suspect : on y voyait un signe de compromission avec le siècle, avec l’argent…
[…]
A travers l’audimat, c’est la logique du commercial qui s’impose aux productions culturelles. Or, il est important de savoir que, historiquement, toutes les productions culturelles […] qu’un certain nombre de gens considèrent comme les productions les plus hautes de l’humanité, les mathématiques, la poésie, la littérature, la philosophie, toutes ces choses ont été produites contre l’équivalent de l’audimat, contre la logique du commerce.

Pierre Bourdieu, Sur la télévision suivi de L’emprise du journalisme, Raisons d’agir, Paris, mai 2008, pp.22-29

Advertisements

2 réponses à “« Vues de médias »: présentation d’une rubrique

  1. Pingback: Autocritique journalistique : trop rare, très tard, mais toujours d’actualités « États du Lieu·

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s