Retour sur Les Beaux Gosses

Déjà le titre du film simple et juste donnait le ton. Les Beaux Gosses. Après le buzz à la Quinzaine des Réalisateurs de Cannes, l’unanimité de la critique et le petit triomphe en salle, c’est l’heure d’une séance de rattrapage en DVD, et d’un article en retard, ici.

© Les Films des Tournelles

Le beau gosse en chef, c’est Riad Sattouf. C’est le premier long-métrage de ce dessinateur de Charlie Hebdo, auteur de la culte bande dessinée d’anticipation Pascal Brutal. Il réalise avec Les Beaux Gosses un véritable ovni populaire, déridant enfin la vision française réactionnaire de la jeunesse (Le Petit Nicolas, Les Choristes, LOL…).

Le truc de Riad Sattouf, c’est cette influence des bulles dans la caméra, comme ces zooms sur la zone T, celle des boutons et des gros nez. L’important travail d’écriture colle à l’univers de la bande dessinée. Il y a les répliques courtes d’une histoire sans enjeu, la narration séquencée en planches et la réponse par l’absurde. Le choix d’aucun cadre spatio-temporel, paradoxe d’un film bien dans les baskets de son époque, vient lui aussi rappeler la BD. On sait juste que ça se passe quelque part en Bretagne, pays d’adoption du réalisateur, mis au parfum par les élèves Goulven et Koulmen, les supporters de Rennes ou encore l’annonce faite à la radio d’un festival de Rap breton.

C’est surtout le mélange adroit entre réalisme et caricature, avec des personnages dessinés sans état d’âme. Les membres d’Hervé, l’anti-héro, qui poussent chacun leur tour, la coupe Berlin 1989 de Camel, son compère guitariste heavy-métal obsédé, Meryl et Ben, les complices d’une séance de spiritisme d’anthologie. La galerie de ces jeunes pas beaux gosses du tout se profile avec une justesse implacable, peut-être grâce aux comédiens, non professionnels. Coup de cœur pour tous les seconds rôles adultes, en pleine crise de la quarantaine, soutenus quant à eux par un casting pointu : Noémie Lvovsky, géniale en mère trop intrusive, Emmanuelle Devos, en directrice autoritaire, Valeria Golino, en actrice porno sur le site « mamans-trop-chaudasses.com ». L’ensemble du corps professoral est lui aussi colorié avec soin : la prof de Gym irresponsable, la prof d’anglais pétulante, le prof de français du « milieu gay breton underground », le prof de maths suicidaire. À noter la présence inattendue de Jean-Pierre Haigneré, notre astronaute national, en prof de technologie et le caméo de l’amie Marjane Satrapi (Persepolis) en vendeuse de guitares.

Ce qui est bien avec l’édition DVD, c’est que l’on peut mettre arrêt sur image et prendre conscience que Riad Sattouf remplit ses cadres comme ses vignettes : avec le soin de l’imagination. Le décor des chambres adolescentes, l’esthétique de la ville… L’auteur réinvente toute une réalité avec ses références, du nom des rues aux affiches de rock en passant par le langage des jeunes. Il est là, le nouveau souffle du cinéma français.

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