Jeux vidéo et politique : des relations paradoxales ?


© Paris-Match

Jeux vidéo et politique, ou la relation ambiguë de Nadine Morano avec GTA.

Les jeux vidéo… Tout le monde y a un jour joué : de Pong à Tetris, de Pacman à Mario, de Zelda à GTA. Certains ont bercé notre enfance, nous avons grandi avec d’autres.

Alors que le contexte économique est aujourd’hui des plus moroses, le secteur des jeux vidéo continue pourtant d’enregistrer des résultats records. À titre d’exemple, les ventes de consoles et de jeux ont totalisé un chiffre d’affaires mondial dépassant les 50 milliards d’euros pour l’année 2008. Cette croissance s’explique en grande partie par le phénomène d’élargissement qu’a connu le secteur des jeux vidéos en termes de populations de joueurs. Alors que le jeu vidéo a souvent été associé à un public jeune, masculin, et initié, il s’adresse désormais aussi bien aux hommes qu’aux femmes, aux jeunes qu’aux seniors, notamment grâce au triomphe de la Nintendo Wii.

À mesure que les technologies de l’information et de la communication se diffusent, et que les plateformes se multiplient – consoles portables, PC, téléphones mobiles- les profils de consommateurs se sont diversifiés. En 2008, Luc Chatel, Secrétaire d’Etat chargé de l’Industrie et de la Consommation, déclarait: « on peut jouer à plusieurs, en famille, il y a aussi des jeux d’éveil pour les plus jeunes, d’autres adaptés aux seniors. » (Source AFP)

Le jeu vidéo incarne aujourd’hui le seul bien culturel dont les ventes sont en croissance (+18.8% en 2008), alors que les marchés des autres bien culturels – le livre, le DVD, et le CD- enregistrent respectivement des baisses allant de -1.1% à -14.3%. (Source Media Control GfK International)

C’est dans ce contexte économique favorable que le jeu vidéo s’est progressivement installé sur les devants de la scène politique. Si certains le défendent en vantant les milliards d’euros qu’il génère, ou en admirant la mobilisation de talents aussi bien artistiques que techniques que nécessitent sa réalisation, d’autres au contraire l’attaquent de manière catégorique.

C’est le cas par exemple de Nadine Morano, Secrétaire d’Etat à la Famille, qui s’est récemment insurgée contre la violence dans les jeux vidéo, et notamment dans le jeu Grand Theft Auto IV: «…ce jeu est un jeu violent, un jeu addictif, avec des images inacceptables…»

Il est vrai que le concept de GTA peut paraître choquant : vous évoluez au sein d’une grande métropole américaine, et vous décidez de faire fortune en vous créant un nom et une réputation. Tous les coups sont permis pour arriver à vos fins : drogue, meurtres et braquages. Il n’est donc pas étonnant que ce jeu soit interdit aux moins de 18 ans.

Toutefois, malgré cet age rating 18+, Nadine Morano avait ajouté, sur l’antenne de RMC, que la signalétique concernant les jeux vidéo était « insuffisamment visible et insuffisamment connue. » Cette déclaration a suscité l’indignation du président du Syndicat National du Jeu Vidéo, Nicolas Gaume :

«Nous sommes indignés par cette nouvelle déclaration de Madame Nadine Morano qui traduit une fois de plus sa parfaite ignorance tant du secteur du jeu vidéo et de ses usages que des efforts et des actions mis en place par les professionnels pour informer et sensibiliser les consommateurs au moment de choisir un jeu vidéo. Il est fort regrettable que par facilité, Madame Nadine Morano désigne une fois de plus le jeu vidéo comme source de tous les maux, et que perdure une complète désinformation à l’égard du loisir préféré des français, pratiqué par plus de 22 millions de nos concitoyens jeunes et adultes.»

Il faut par ailleurs rappeler que parmi l’ensemble des jeux vidéo commercialisés en Europe en 2008, moins de 4% étaient réservés à un public majeur.

La Secrétaire d’Etat à la Famille n’a d’ailleurs pas fini de faire parler d’elle, suite à la publication d’une photo du magazine Paris-Match analysée par l’équipe des reporters de l’émission Arrêts sur Images. Sur cette photo Nadine Morano pose dans son salon, entourées de ses enfants jouant aux jeux vidéo. Jusqu’à présent, rien de très choquant. Toutefois, le jeu choisi par son fils n’est autre que GTA IV.

Cette situation vous semble paradoxale ? Peut-être ne l’est-elle pas ? En effet, pour sa défense, Nadine Morano a déclaré sur le monde.fr que son fils était majeur, et qu’elle ne faisait que le mettre en garde contre les vices de GTA. Si son enfant jouait à ce jeu, qui d’ailleurs ne lui appartenait pas, c’était uniquement à des fins « pédagogiques ». Nadine Morano n’a par contre pas expliqué pourquoi sa fille de 13 ans participait à la même leçon de pédagogie.

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