De Star Wars à Avatar : prouesse technologique et science-fiction politique

Il y a 12 ans, James Cameron organisait un immense naufrage sur vos écrans, sur fond de musique romantique québécoise: avec près de 21 millions d’entrées, Titanic faisait chavirer le public français. James Cameron c’est aussi : Terminator (1984), Aliens (1986), Abyss (1989), Terminator 2 (1991) et True Lies (1994). Le tout crée un cocktail plutôt explosif d’action, de drame romantique, et de science-fiction. C’est un peu ce que l’on retrouve dans Avatar, le nouveau blockbuster du réalisateur canadien.

Que faisait donc James Cameron pendant ces 12 dernières années?

Après les records titanesques de Titanic (200 millions de dollars en coûts de développement, 3.4 milliards de dollars en recettes, et 11 Oscars) le défi était de taille, et il fallait se préparer pour le relever. C’est donc le 16 décembre 2009 qu’Avatar sort en salles, après une dizaine d’années de développement et un investissement de près de 500 millions de dollars.

Pourquoi avoir attendu si longtemps pour sortir ce nouveau long-métrage?

« Pour des raisons techniques » explique John Landau, producteur d’Avatar et de Titanic. « La première fois que Jim et moi avons parlé du projet, c’était avant de commencer la production de Titanic. Jim avait rédigé ce qu’il appelle un scriptment. Ce n’est pas un scénario au sens strict du terme, mais plutôt une sorte de roman détaillé et très descriptif dans lequel s’insèrent parfois des scènes dialoguées. Toute l’histoire était déjà là. Nous avons soumis le projet à l’équipe de Digital Domain, avec laquelle Jim collaborait à l’époque, et leur réponse fut sans appel. D’après eux, nous étions fous, et nous allions provoquer la faillite de la compagnie ! Alors nous avons attendu que la technologie progresse » (Supplément au n°544 de Sonovision– Octobre 2009 p. 13-14 )

Un grand réalisateur de science-fiction avait adopté la même stratégie 20 ans avant James Cameron : George Lucas. En 1977, Lucas choisit d’ouvrir sa saga Star Wars par le quatrième épisode, A New Hope. Et c’est seulement en 1999, treize ans après la sortie de Return of the Jedi, qu’il décide finalement de réaliser sa « prélogie », soit les épisodes 1, 2, et 3. Ce choix s’explique selon lui par le manque de moyens technologiques de l’époque, qui l’empêchait de donner vie au projet magique et ambitieux dont il rêvait pour l’Episode 1.

Cameron avec Avatar, et Lucas avec Star Wars, ont donc tous deux pris leur mal en patience, et attendu que les technologies soient à la hauteur de leur projet. Une comparaison entre Lucas et Cameron n’est peut-être pas des plus appropriées. Toutefois, il semble que ces deux auteurs et réalisateurs ont véritablement fait entrer le cinéma dans une nouvelle ère, grâce aux prouesses visuelles qu’ils ont réussies à produire dans chacune de leurs œuvres.

En 1977, Lucas nous emmène dans un monde qui nous est alors inconnu, et déconnecté de notre civilisation: « Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine… ». Il conte pour la première fois la destinée du jeune Skywalker. L’histoire de Luke est celle d’un homme libre, d’un chevalier galactique, se ralliant à la rébellion pour lutter contre l’Empire. Pourtant, si tout nous semble nouveau dans cet univers – les races, les planètes, les technologies, les dialectes – entre peplum, tragédie antique et conte de fées, Star Wars est aussi une critique des régimes autoritaires. Les totalitarismes de l’entre deux guerre, et le contexte de Guerre Froide, ont d’ailleurs vraissemblalement influencé Lucas dans sa création. Il est donc bien possible de faire une lecture politique de Star Wars. C’est d’ailleurs ce qu’explique Nicolas Lebourg dans son article du 26 septembre 2008 « Dark Vador, fascisme et pop corn ».

En 2009, James Cameron nous emmène lui aussi sur une autre planète : Pandora. Située à environ 4 années lumière de la Terre, Pandora est habitée par un peuple humanoïde, les Na’vi, dont la civilisation repose sur une harmonie totale avec la nature. En plus de sa faune et de sa flore merveilleuses, cette planète regorge aussi d’un précieux minerai, l’Unobtanium, qui permettrait de sauver la Terre de la crise énergétique qu’elle traverse alors. Une puissante corporation terrienne décide donc d’exploiter au maximum cette ressource, sans se soucier des populations locales. Suite à la mort de son frère jumeau, le soldat paraplégique Jake Sully accepte de le remplacer au sein d’une mission scientifique sur Pandora. Partageant le même génome que son frère, Jake Sully peut alors prendre sa place au sein du « Programme Avatar ». Ce dernier permet à Jake de transférer sa conscience dans le corps d’un Na’vi. Alors que les militaires souhaitent que Jake gagne la confiance des Na’vi afin de les délocaliser pour exploiter leurs ressources, ce dernier se noue progressivement d’affection pour ce peuple fascinant.

Grâce aux prouesses de la 3D stéréoscopique, et d’un nouveau type de motion capture, James Cameron nous fait voyager dans un autre monde. C’est le personnage de Gollum interprété par Andy Serkis dans la saga de The Lord of the Rings, qui a fait comprendre à James Cameron que l’heure était enfin venue de réaliser son nouveau film. Comme le souligne John Landau: la performance de Andy Serkis « réinterprétée par les infographistes de Weta (…) prouvait en effet la possibilité de concevoir enfin des personnages numériques criants de réalisme » (Supplément au n°544 de Sonovision– Octobre 2009 p. 14). Toutefois, avec Avatar, Cameron ne s’est pas limité à réutiliser les technologies de « capture de mouvement» (motion capture, ou mocap) préexistantes, il a développé son propre système de « capture de performance ».

À la différence de la mocap, John Landau nous explique que les comédiens ne portaient pas de capteurs, mais « des caméras fixées devant leur visage qui enregistraient la moindre de leurs expressions. Les animateurs de Weta Digital reproduisaient ensuite ces enregistrements images par image (…) afin de reproduire la performance avec un maximum de fidélité. Nous voulions que les acteurs reconnaissent leur propre jeu en regardant l’écran, et non l’interprétation d’un animateur. » (Supplément au n°544 de Sonovision– Octobre 2009 p. 14)

Fort d’une technologie révolutionnaire, Cameron nous plonge dans un environnement criant de réalisme. La 3D stéréoscopique, et plus précisément le système de relief Fusion 3D développé par Cameron et par Vince Pace, participe d’ailleurs parfaitement à l’immersion du spectateur dans cet univers fantastique.

La planète Pandora est un personnage à part entière dans le film de Cameron, incarnée par la divinité Na’vi, Ewya. Pandora est un monde riche, merveilleux, et coloré rassemblant des végétaux et des animaux plus extraordinaires les uns que les autres.

 

Alors que ce monde semble coupé de toute réalité, James Cameron nous renvoie pourtant à des thèmes bien connus. Avatar traite « de la nature des relations entre les gouvernements et les militaires, de l’idée que l’humanité répète la même erreur encore et toujours, et de sa perte de contact avec la nature ». Cameron ajoute : « Pour moi, la science-fiction n’est pas une façon de prédire le futur mais de réfléchir à notre présent. » (Studio Ciné Live Septembre 2009 p.63) C’est sans doute aussi un moyen de réfléchir à notre passé, à la colonisation par exemple. Il suffit d’entendre les différents noms donnés aux habitants de Pandora par les humains pour prendre conscience de ce thème : « Indigenous people », « Savages », et même « Aboriginals », nom exclusivement donné aux peuples d’Australie. Les références à la lutte entre races sont aussi récurrentes. Elles culminent à la fin du film dans la dernière réplique que Stephen Lang adresse (le colonel Quaritch) à Sam Worthington (Jake Sully) : « Jake, how does it feel to betray your own race ? ».

Avatar aborde donc le thème de la colonisation, de l’exploitation des ressources d’un peuple envahi, de son déracinement, et finalement de sa destruction. Les Na’vi vivent en étroite connexion avec leur environnement, bénissant leurs proies après les avoir chassées, et respectant la forêt comme un être sacré. Ces pratiques s’inspirent de la culture de nombreuses communautés amazoniennes, ou aborigènes. En effet, en Australie la connexion à la « land », le respect de la faune et de la flore, et la sacralisation de la nature, sont autant de thèmes récurrents chez les communautés aborigènes, qui ont été massacrées par les colons européens dès la fin du XVIIIe siècle. Comme pour tout peuple envahi, les Na’vi décident de résister et se rassemblent autour de la figure fédératrice et indépendantiste Toruk Macto, incarnée par Jake Skully : « They’ve sent us a message, that they can take whatever they want (…) we will send them a message, that this, this is our land ! ».  C’est ce même message que le poète aborigène Jack Davis (1917-2000), de la communauté Noongar, diffuse dans son œuvre « This is our land » :

This is our land.

You cannot dispute it,

Nor can you refute it.

You can gouge at our heart,

You can tear us apart.

Kill forest and grasses,

But, through life as it passes

In pain or in splendour,

We will never surrender

The claim to our land.

J. DAVIS

Une fois de plus, la technologie mise au service de la création permet de produire des merveilles. Malgré un scénario sans grandes surprises et une bande originale peu convaincante, la sciences-fiction apparaît ici dans toute sa splendeur en nous ramenant à des thèmes qui occupent notre actualité -le défi énergétique et la fragilisation de nos écosystèmes- ou qui hantent notre passé.

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2 réponses à “De Star Wars à Avatar : prouesse technologique et science-fiction politique

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