Réponse au commentaire de Chastel : le monde, la télévision, Jeanne d’Arc, le 1er mai, et nous…

Tout d’abord, je remercie Chastel de collaborer à la réflexion photographique abordée autour des monuments et des statues. A la suite du dernier billet présentant la photographie de la statue de Jeanne d’Arc (celle du 1er arrondissement, il y a en une autre à Paris, je vous la montre demain), et le texte sur la statuaire, Chastel a déposé le commentaire suivant:

« Oui, mais !
Tout cela raconte le XIX ème !
La télé est la statue d’aujourd’hui !
Le monde change ma bonne dame ! »

J’y réponds en article et non en commentaire car cela permet une précision plus générale du travail que j’aborde dans « Recherches photographiques ».

Utilisation politique de la statue de Jeanne d'Arc

Je précise aussi, que je suis un homme, à moins que Chastel ne s’adressât à Jeanne d’Arc directement, ou que cela fasse référence à une autre citation que je ne connais pas.

Cela raconte le XIX ème siècle, mais les statues sont toujours autour de nous, et si elles sont plus employées à repérer le lieu d’un rendez-vous, il n’empêche qu’elles font partie de notre quotidien. Elles ne serviraient vraiment plus, la télévision les aurait absolument supplantées, nous les aurions tout simplement enlevées, ou remplacées par des publicités (pourquoi pas?). Je ne pense pas que l’on puisse nier qu’elles soient encore utilisées politiquement et investies idéologiquement aujourd’hui.

La photo diffusée dans l’article sur la statuaire, représente justement une statue permettant une projection idéologique et politique forte comme en témoignent les deux images d’aujourd’hui.

Utilisation politique de la statue de Jeanne d'Ar

Tous les 1er mai, le Front National se rassemble autour de la statue de Jeanne d’Arc, tandis qu’au même moment, un défilé de revendications sociales trace une ligne entre la place de la République, Bastille et Nation. N’y a-t-il vraiment pas un usage symbolique des monuments et des statues encore aujourd’hui, et ce malgré la télévision ?

Initialement, le 1er mai 1886 est une journée de manifestation d’ouvriers américains demandant la journée de huit heures à leurs patrons (8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de sommeil). A Chicago, trois ouvriers meurent sous les balles de la police le 3 mai, contrairement à d’autres qui ont obtenu satisfaction dès le 1er, ils ont dû faire grève face à l’entêtement de leurs dirigeants. Cette date est ensuite reprise symboliquement par la IIe internationale socialiste pour fixer une journée de revendication commune à plusieurs pays pour le même objectif. Elle est ensuite gardée, comme date symbolique et fixe, pour des revendications plus diverses. En 1919, le Sénat français ratifie la journée de 8 heures et fait du 1er mai une journée chômée. En 1920, Lénine décide aussi d’en faire une journée chômée. Elle est instituée, à la suite d’Hitler, comme Fête du Travail et de la concorde sociale sous Pétain en 1941…

Comme tu vois, les symboliques sont diverses. Je tente de les questionner par la photographie, à montrer que nous ne les connaissons plus, que nous ne les lions plus à notre histoire politique, alors même qu’elles sont encore à l’oeuvre, qu’elles sont toujours employées. Le 1er mai, les armistices, restent des journées symboliques, ce qui ne nous empêche pas d’en ajouter (journée de la femme, gay pride etc.). Le monde change, peut-être, cela reste à débattre et je n’en suis pas convaincu. Depuis la Révolution Française, je crois que nous sommes globalement dans les mêmes paradigmes et les mêmes problématiques économiques, sociales et politiques, bien qu’ils se soient nettement complexifiés. Le monde change, mais il n’en demeure pas moins que nous défilons toujours autour des mêmes monuments, précisément hérigés pendant le XIXe siècle, ce qui n’est pas anodin. Le monde change mais nous nous attachons spontanément à notre histoire quand il s’agit de revendiquer aujourd’hui, ou nous utilisons l’histoire à des fins politiques (Guy Môquet, le plateau des Glyères, Jeanne d’Arc…). Si le monde change vraiment, il y a ici un paradoxe à interroger. Si le monde est si différent, pourquoi Jeanne d’Arc est-elle instrumentalisée encore aujourd’hui, pourquoi est-elle utilisée pour nous sensibiliser ? Ca ne devrait plus dutout nous parler.

Concernant la télévision, la phrase est tellement englobante qu’on ne peut qu’être d’accord sur le moment. Il est certain que la télévision sert de medium idéologique. Mais le mouvement qu’on lui impose, empêche d’instituer les choses, de les empierrer. Je ne pense pas qu’elle favorise la mémoire et le souvenir comme la statue. Au contraire, elle est dans l’actualité la plus précipitée, pouvant dire tout et son contraire en quelques mois, elle est véritablement amnésique des ses propres productions et de ses propres discours, elle est en ce sens le bon reflet de notre temps. Il faudrait préciser et argumenter ta pensée… Si tu as un texte à proposer : jd.pellen@live.fr , les commentaires restent ouverts.

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Une réponse à “Réponse au commentaire de Chastel : le monde, la télévision, Jeanne d’Arc, le 1er mai, et nous…

  1. Bonsoir,
    Je vois que vous êtes perspicace : la bonne dame, c’est Jeanne d’Arc, le « grand homme » le plus représenté en place publique ! 127 répertoriées !
    Je ne vous suis pas sur vos délires de persécution : oui, les statues sont parmi nous et nous déterminent ainsi qu’elles marquent nos villes et nos villages ; non, Lepen n’a rien à voir la dedans.

    Ni les escaliers qui montent moins !

    Cordialement

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