Who is Raymond Carver ?

Stephen King himself vient de publier à la fin de l’année 2009 un article polémique intitulé sobrement Raymond Carver’s Life & Stories dans le New York Times. Il est grand temps de redécouvrir « Ray » Carver, le nouvelliste américain le plus influent de la seconde moitié du XXème siècle, l’auteur numéro 1 de la banalité tant apprécié des cinéastes dits naturalistes – ceux qui placent leurs personnages dans une condition.

Carver n’a été que trop peu prolifique avec ses six recueils de nouvelles et moitié moins de poésie. Pas tous traduits. Il n’avait pas « la patience de s’essayer au roman ». Le naturalisme de Carver c’est l’effacement subtil du style au profit d’un réalisme sommaire, avec une presque unité de temps entre la lecture et le récit. Moins de 10 pages la nouvelle pour un trajet de métro laconique. L’auteur fait l’économie des mots et des phrases longues et il précipite les situations avant de couper court, franchement. Pas de décor planté, pas de passé raconté, juste un coup de poing. Il « possédait le sens du raccourci mélancolique » (Nicole Chardaire, préface de Parlez-moi d’amour).

Ces fragments de vie ont séduit un cinéaste, et pas des moindres, Robert Altman. Et il en fait un chef d’œuvre chorale, Short Cuts, Lion d’Or à Venise en 1993. Le film s’inspire de neuf nouvelles et d’un poème de Carver que le cinéaste entrecroise pour dresser une mosaïque elliptique de Los Angeles. Neuf histoires et un poème, aux éditions de l’Olivier.

Dans toutes ses nouvelles, Carver place un personnage ne répondant que de lui et dépassé par sa condition. Carver a su exprimer les vertiges « d’une classe sociale sans mémoire, celle des petites gens agités par les tracasseries du moment, les drames de la vie conjugale, du chômage et de l’alcoolisme » (Jean Vautrin). Il ancre chaque récit dans un quotidien inquiétant. En apparence rien ne se passe, mais le malheur, le sien sûrement, se cache sous chaque situation. Le héros est immobile. « Les choses changent…Je ne sais pas comment ni pourquoi mais elles changent sans que l’on s’en rende compte ni qu’on le désire » écrit Carver.

Son enfance vagabonde ou la centaine de jobs qu’il a dû exercer pour vivre ont mis Ray Carver au premier rang devant ces parias de l’asphalte, ces « abonnés à l’ennui » qui peuplent ses nouvelles. Les drogues simples, l’alcool et le tabac, il a beaucoup connu comme ses types. Il en est mort aussi, juste avant ses cinquante ans. « Le Tchekhov américain est mort » titra alors le London Times. « Un homme peut obéir à toutes les règles, et puis soudain il s’en fiche ». Ou comment les destinées banales de l’American Way of Life basculent dans la crise.  Carver était alcoolique, égoïste, infidèle, jaloux, violent, destructeur et extrêmement talentueux, à en croire (le résumé de) la biographie intimidée signée Carol Sklenicka. Sa mère le « tenait en laisse », littéralement. Un père alcoolique ouvrier. Un signe avant-coureur pour un auteur admirant son père tristement : «Papa je t’aime / Mais comment pourrais-je te remercier / Moi qui ne sais pas boire non plus / et ne connais même pas les bons coins pour pêcher ? ». À 20 ans, il est déjà père deux fois. Sa femme qui se saignait au quatre veines pour lui, il a failli la tuer parce que un homme lui parlait. Les nouvelles de Carver, ce sont les débris de sa vie.

La polémique réveillée par Stephen King dans tout ça ? Ce style sec, simple, qui fait la fulgurance de Carver serait le fait d’un éditeur-nègre peu scrupuleux, Gordon Lish. Ce dernier se serait même vanté dans le tout New York que Carver était sa « chose ». Les nouvelles de Carver auraient alors été beaucoup plus stylisées. De denses blocs de narration brisés par des jaillissements de dialogue, selon Stephen King. Carver se serait même aller à une fin « épiphanique » dans une nouvelle, hachée par Lish. Ce qui le rendrait plus romantique que neo-post-réalistico-naturalisto-minimaliste, là où on échoue à le cantonner. Lish était capable de faire « un bonhomme de neige d’une congère. » selon la biographe Sklenicka. Pour le meilleur ?

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