« La garde à vue facile »

C’est sous ce titre que Le Monde publiait en 2008 un état des lieux sur la garde à vue en France. Un état des lieux alarmant sur la banalisation d’une pratique nébuleuse qui fait l’exception française. Une procédure pas repensée depuis le tollé provoqué par la loi Guigou (la présomption d’innocence) chez les policiers qui l’avait rebaptisée « loi voyous ».  Le 21 novembre dernier le Premier ministre François Fillon a déclaré qu’il était « nécessaire, évident, de repenser les conditions (de la garde à vue) et  son utilité ». Reste l’opposition des syndicats de police.

Radio Nova diffuse jusqu’au 29 janvier la série « Ma première nuit en garde à vue » du documentariste Joseph Beauregard. Une série de dix témoignages sidérants, dix nuits « kafkaïennes », autant d’arrestations pour le moins arbitraires. Deux femmes et huit hommes, collés au trou pour des raisons contestables, reviennent sur les humiliations vécues sous les ors de la République. En 2009, c’est une personne sur 100 qui a été placée sous cette mesure coercitive.  Selon le documentariste, « la politique du chiffre et la religion des aveux sont néfastes aux valeurs républicaines, à la démocratie. Dès lors, il y a urgence à réformer ce régime, ce no man’s land où tout est possible, en imposant la présence d’un avocat dès la première heure de garde à vue afin de garantir les droits de la défense comme l’affirmait déjà le doyen Vedel en 1981… ».


Photos : « Thierry de Clermont Tonnerre à Alcatraz »

Un extrait ici, sur le passionnant blog collectif Fragments sur les Temps Présents, auquel participe Joseph Beauregard. C’est « l’histoire de la garde à vue de Jean-François, 56 ans, ingénieur. Nous ne sommes pas dans un « quartier chaud », mais à Versailles. La police ne le soupçonne pas de trafic de drogue, d’assassinat, de viol, d’abus de bien sociaux… L’histoire de Jean-François est celle d’un homme ordinaire qui, alors qu’il n’y pas de véhicules sur la route, traverse le passage clouté alors que le signal piétons est au rouge.  Contrôlé une première fois, il rentre ensuite chez lui, mange sa soupe et se couche déprimé. Deux heures après les policiers sonnent à la porte de son appartement avec une convocation pour le lendemain au commissariat.  Stupéfait pas ces méthodes policières, Jean-François le dit avec fermeté. Mais là notre citoyen ordinaire est menotté, embarqué direction le commissariat central. A partir de cet instant, sa garde à vue est un cauchemar éveillé au royaume d’Ubu… »

Une circulaire de 2003 rappelle que la garde à vue ne peut en aucun cas être « systématique » et qu’elle doit être liée aux « nécessités de l’enquête ». Une circulaire signée Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur.

« Ma première nuit en garde à vue », une collection de 10 témoignages. Sur Radio Nova. Du lundi 18 au vendredi 22 janvier puis du lundi 25 au vendredi 29 janvier 2010. Diffusions à 8h10 et à 18h20.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s