ANVIL ! Un vent d’air frais souffle sur le cinéma indépendant

Anvil est sorti sur nos écrans mercredi, c’est un documentaire réalisé par Sacha Gervasi qui traite de la difficulté qu’a le groupe canadien de Heavy Metal Anvil, porté par Steve “lips” Ludlow et le batteur Robb Reiner, à renouer avec le succès plus de vingt ans après leur premier album, qui fut leur seul et unique moment de gloire. Soutenus par quelques centaines de fans, les chanteurs d’Anvil s’autoproduisent et sortent leur treizième album. Ils vendent leurs disques eux-même et décident avec l’aide d’une manager inexpérimentée de partir faire une tournée en Europe. Cette tournée est un moment clé pour les membres du groupe, qui face aux échecs et aux humiliations en cascade, devront apprendre à se recentrer sur ce qui est fondamental: l’amitié et la musique.

La problématique de ce film est infiniment humaine et touchante, les personnages font le choix d’y arriver coûte que coûte quitte à sacrifier leur vie de famille, leur finance et leur situation. Ils enchaînent les petits boulots, les coups, les blessures et les remises en question. Il y a quelque chose de The Wrestler de Darren Aronofsky dans ce documentaire, mais à l’inverse du personnage écorché qu’interprète Mickey Rourke, les chanteurs du groupe d’Anvil retombent un peu plus sur terre à chaque fois qu’il leur arrive un coup dur, et leurs rêves brûlés ne les enferment jamais véritablement: ils ne font pas le mal autour d’eux (ils hypothèquent juste leur maison!). C’est d’ailleurs pour cette raison que l’on rit tant. Leurs échecs les rendent plus forts et nous ne sommes pas les spectateurs de leur chute, mais plutôt de leur abnégation à la limite de l’acharnement, et de leur courage.

Ce qui est incroyablement touchant c’est la capacité du réalisateur à ne pas rire de leur sort, il les filme dans des situations difficiles, parfois glauques ou encore irrésistiblement comiques, et jamais il ne jette un regard moqueur sur ses personnages, pourtant hauts en couleur, qui foncent droit dans le mur. Gervasi, qui était fan d’Anvil dans son adolescence, nous livre un portrait tordant de ce groupe atypique, plein d’humour et de tendresse dont on sort les yeux rouges de rire et d’émotion.

J’ai eu la chance de voir le film Anvil aux Etats Unis en mars dernier. Il était projeté dans la plus petite salle de l’Angelika theatre à New York (le cinéma “art et essai” de New York avec le Sunshine theatre) depuis déjà plusieurs mois. J’y suis allé grâce au bouche à oreille et maintenant qu’il sort en France – juste retour des choses- je ne souhaite qu’une chose: qu’entre Protéger et servir, Sherlock Holmes, Planète 51, La princesse et la grenouille, Brothers, Disgrace, Lebanon, Une execution ordinaire, Océans et Avatar… il ne passe pas à la trappe! Mais reste à savoir si ce film, distribué en France par Zootrope Films réussira à rencontrer le succès qu’il mérite. Le film n’est programmé que dans quatorze salles en France et seulement quatre à Paris (pas les plus stratégiques: Mk2 Beaubourg, Gaumont Parnasse, les trois Luxembourg et le Publicis cinéma) et la distribution telle qu’elle est envisagée aux Etats Unis pour ce genre de projet n’est pas encore vraiment pratiquée en France. En général les distributeurs américains pratiquent ce qu’ils appellent une “platform release” pour sortir les projets catalogués “indie”.

Cela consiste à sortir un film sur un nombre très limité de copie dans des cinémas qui ont une programmation spécialisée, dans des villes dont la population est susceptible d’avoir un public pour le film (New York, Washington, Chicago, San Francisco). Dans le meilleur des cas le film fait une grosse moyenne par copie, le bouche à oreille fonctionne, les exploitants commandent de nouvelles copies et le film gagne petit à petit l’ensemble du pays. Cette stratégie après les succès de The Queen (qui n’était alors projeté que sur un écran aux Etats-Unis après avoir ouvert le Tribeca Film Festival) et Little Miss Sunshine s’est petit à petit généralisée. Dans le pire des cas le bouche à oreille ne prend pas et le distributeur, qui n’a tiré qu’un nombre très limité de copies du film, limite la casse. Aujourd’hui les distributeurs ont de plus en plus recours à cette stratégie (Juno, Sunshine Cleaning) qui permet grâce à une meilleur compréhension du marché, de savoir plus vite si le film a de quoi rester à l’écran (whether the movie has « legs »). Slumdog Millionaire et récemment Paranormal activity sont les deux films qui ont le mieux su exploiter cette « platform release » et faire parler d’eux en faisant fonctionner le bouche à oreille. Pendant que les cinémas et les villes se battent pour recevoir leur copie le plus vite possible, la presse commente le phénomène, le public est dans l’attente, et le film devient un évènement.

Dans le cas d’Anvil c’est encore différent puisque “Gervasi, qui a financé Anvil! sur ses propres deniers, a ensuite décliné des offres de distributeurs qui lui furent faites à Sundance, jugées trop pingres. Pour valoriser son film et le faire connaître, il l’a montré à une poignée de stars qui l’ont aimé, et s’est adjoint leur soutien pour mener une campagne de promotion futée sur Internet. Sur leurs blogs, leur fil Twitter, leur Facebook, Keanu Reeves, Courtney Love, Dustin Hoffman ou encore Michael Moore ont crié leur amour d’Anvil, qui a ainsi acquis une solide notoriété et a pu sortir sur un nombre de copies conséquentes. En août 2009, il avait rapporté 1 million de dollars de recettes mondialement, ce qui couvrait déjà son budget de production” (cf l’article d’Isabelle Regnier sur Film Bazar du 03/02/2010).

Cette stratégie de distribution, qui grâce à une utilisation intelligente et avant-gardiste d’Internet offre aux producteurs, et en l’occurrence aux réalisateurs, une plus grande marge de manoeuvre et un plus grand contrôle sur la durée de vie de leur film, est-elle susceptible de marcher en France? 

Il est trop tôt pour le dire mais c’est en tout cas tout ce que l’on souhaite au cinéma indépendant.                 Longue vie à Anvil!

http://www.allocine.fr/video/player_gen_cmedia=18942133&cfilm=138788.html

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