EPAD, 2e partie : « Défense 2015 » et l’Association des Utilisateurs de La Défense

Comme l’EPAD ne peut vivre que grâce aux constructions immobilières envisagées ; régulièrement, elle incite et permet la destruction de tours, la reconstruction de nouvelles, ou bien l’agrandissement en hauteur de certaine. Les entreprises profitent d’allègements de taxes sur la construction, et peuvent investir en revalorisant les biens immobiliers, ce qui revient à spéculer sur la destruction et reconstruction, comme l’évoque très honnêtement, en première partie, Jean-Marc Besson, directeur général d’une société d’investissements américaine. C’est ce qu’on appelle un plan de renouveau, au sein duquel « le rôle de l’EPAD est d’encourager, d’inciter, d’accompagner les investisseurs qui possèdent des tours vieillissantes, de les rénover. Cela consiste à les démolir, et à en faire une autre à la place. Et on reconstruit plus haut encore. Ensuite, […] par rapport à la demande exprimé par les entreprises, qu’il y ait un peu plus de mètres carrés dans les années à venir ». Philippe Chaix nous explique cela avec une grande décontraction, et il a raison, car le système de financement et d’autorisation est très simple. Mise à part que c’est, écologiquement, une catastrophe d’instituer  un système qui n’est viable que dans la démolition régulière. Mise à part, aussi, que l’EPAD, comme le rappelle Daniel Mermet, a des « comptes en infraction », des avertissements et des « rapports de la Cour des comptes pas très convaincants » qui déplorent une situation proche de la banqueroute, et dénonce « les liens trop proches entre l’EPAD et les promoteurs ». Tout cela en 1992, en 1998, et en 2007. Au final, c’est le contribuable, par le biais de l’Etat, qui paie la note visant à « encourager, inciter, accompagner » les investisseurs.

LE PLAN DE RENOUVEAU : « Défense 2015 »

2007 : l’année est intéressante, car un an auparavant, déclare Daniel Mermet, « Nicolas Sarkozy décide d’un [nouveau] plan de développement et de renouvellement, très ambitieux et très prometteurs pour les promoteurs. Entre 450 000 et 1 million de mètres carrés supplémentaires qui seront construits dans les 10 ans. C’est le plan Défense 2015. »

Or Hélène Constanty évoque qu’« en juillet 2006, lorsque Nicolas Sarkozy lance le plan de relance de La Défense, il cumule toutes les casquettes localement : il est président du conseil général des Hauts-de-Seine, président de l’EPAD, ministre de l’Intérieur » et de l’aménagement du territoire. Et c’est à tout ces titres qu’il fait le plan de relance. Et ça lui tient d’autant plus à cœur, qu’il va très vite faire passer une loi qui va être votée en catimini juste avant Noël 2006. Quelques élus vont lever un doigt, les Verts vont dénoncer le sacre du béton, quelques élus socialistes ou communistes. Mais cela va passer comme une lettre à la poste et dans l’indifférence générale, menée d’une main de maître par Roger Carouchi, l’homme fort de l’UMP dans les Haut-de-Seine. […] Une loi est votée […] les mètres carrés supplémentaires, qui vont être issus de la démolition et de la reconstruction vont être exonérés de taxe sur les bureaux, gros cadeaux aux promoteurs. On fait un gros cadeau pour que le plan de relance aille vite et que les promoteurs soient satisfaits. »

Sur le terrain et en chiffres, la déclaration de Jean-Marc Besson est équivoque, elle aide à cerner ce que les discours ne font que suggérer théoriquement. « Sur un plan de restructuration et de renouveau de La Défense, […] la tour First a eu son permis de construire en 2006. C’est le plan lancé par Nicolas Sarkozy, avec la complicité, je dirais, de l’EPAD, du maire de Courbevoie, du maire de Puteaux, pour redynamiser toute La Défense, recréer des nouvelles structures, des nouvelles tours, de créer un grand Défense. […] Il y a eu des arrangements, des facilités avec l’EPAD. De mémoire, ce que je peux dire, c’est que globalement, cet effet d’avoir élargie, d’avoir créer une dizaine de milliers de mètres carrés en plus sur cette tour, c’est revenu pratiquement à avoir un discount d’un bon tiers, voire moitié de ce qu’on aurait dû payer. En fonction des coûts complets, oui absolument. C’est pas colossale, ça se chiffre en quelques centaines de milliers d’euros. 4, 500, 600 000, voilà, quelque chose comme ça C’est déjà bien. » Sur le coût total, le promoteur bénéficie d’une remise de 30 à 50% : encourager, inciter, accompagner…

Avec les chiffres on se rend un peu plus compte, même s’ils sont déroutants tant ils sont allongés. On cerne mieux que les descriptions des Pinçon-Charlot ou Constanty, ne sont pas pure rumeur ou simple outrage gauchiste. On capte, que ces études et ces enquêtes ont pour but de révéler le fonctionnement du pouvoir, que cela s’appuie sur un véritable fond, et que ce n’est pas une simple critique facile et militante. Cela va au-delà, en dévoilant le système, ils mettent chaque citoyen dans une position de témoin, leur permettant de s’informer et donc de se positionner.

L’ASSOCIATION DES UTILISATEURS DE LA DÉFENSE

Hélène Constanty peut donc dire sans crainte, preuve à l’appui, que « le plan de relance de Nicolas Sarkozy va servir directement les intérêts des grands propriétaires de La Défense, qui sont organisés dans un lobby, très discret mais très influent, qui s’appelle AUD : Association des Utilisateurs de la Défense [prononcer « ode »]. Tout ça paraît très modeste, on imagine que c’est l’association des gens qui prennent le RER tous les matins pour aller travailler, mais pas du tout. C’est uniquement les grands patrons et les grands propriétaires de la Défense, qui ont fait pression sur Nicolas Sarkozy, avant qu’il soit élu Président [de la République]. Il était encore Président du Conseil général des Haut-de-Seine, et ministre de l’Intérieur [et de l’aménagement du territoire]. » L’objectif était de lancer ce plan dès 2006, de valoriser leurs biens, « que leurs tours prennent de la valeur, que cela ne périclite pas, et que ça devienne un immobilier plus attirant à la revente. » Notons dans le même sens que Philippe Chaix, président de l’EPAD, explique à la journaliste qu’il est « propriétaire de terrain » et qu’il « vend des droits à construire ». C’est toujours assez pratique d’être juge et partie. Parmi d’autres, c’est cette situation précise, à l’éthique suspecte et déplorable, qui a dû suggérer à la Cour des comptes « les liens trop proches entre l’EPAD et les promoteurs ».

Nous verrons dans le dernier volet, que ce plan de renouveau nuit volontairement aux habitants actuels de La Défense et de Nanterre.

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Une réponse à “EPAD, 2e partie : « Défense 2015 » et l’Association des Utilisateurs de La Défense

  1. Hélène Constanty etPinçon-Charlot font un travail remarquable, nous les suivons depuis deux ans.
    J’attends la troisième partie, nous, habitants des Damiers savons que le plan de renouveau nuit volontairement aux habitants, on attend votre troisième partie.
    Permettez nous de mettre l’article sur le blog de notre association.

    Continuez surtout à faire parler les petits papiers

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