Apple et Steve Jobs: une religion et son gourou

Steve Jobs, Président et CEO d'Apple

 

On le dit « génial », « visionnaire », voire « tyrannique », Steve Jobs n’est pas un simple chef d’entreprise, c’est aujourd’hui un véritable gourou. À l’approche de la sortie en France du nouveau joujou d’Apple, l’iPad, revenons sur le passé de cette entreprise, incarnée par un homme qui a réussi à élever une marque au rang de religion.

 

Le parcours de Steve Jobs est l’illustration même du mythe du self made man américain. Enfant abandonné à la naissance, puis adopté par une famille modeste californienne, Steve Jobs n’est diplômé d’aucune université. En 1972, il s’inscrit au Reed College de Portland, mais abandonne ses études après un semestre. Il continue toutefois à suivre des cours en auditeur libre. Pour le Commencement Speech 2005 de l’Université de Stanford, Steve Jobs revient sur ces différentes étapes de sa vie:

 

 

A 21 ans, dans son garage, et en compagnie de son ami Steve Wozniak, Steve Jobs fonde la société Apple et fabrique son premier ordinateur, l’Apple 1. Quatre années plus tard, la société Apple est cotée en bourse. Steve Jobs, tout juste âgé de 27 ans, devient le plus jeune homme de l’Histoire à entrer dans le Fortune 400, le classement des 400 premières fortunes mondiales. Jeune, brillant et couronné de succès, Steve Jobs est bien décidé à bouleverser le monde de l’informatique grand public. Selon le psychiatre Michael Maccoby, le patron d’Apple est un « narcissique productif ». Il perçoit le monde comme une pyramide, où sa place serait proche du sommet. C’est ainsi que le co-fondateur d’Apple, Steve Wozniak déclare : « selon Steve Jobs, il n’y a que quelques grands hommes dans l’Histoire, Shakespeare, Newton, très peu ; et il se voit comme l’un d’eux. Le reste de l’humanité, ce sont des fourmis, sans valeur, et sans intérêt»

 

« Narcissique productif » ou pas, en 1984, Steve Jobs lance le Macintosh, le premier ordinateur personnel à utiliser une souris et une interface graphique à devenir un succès commercial. C’est en janvier 1984, qu’il le présente au public, devant une foule captivée de 3000 personnes. Mêlant humour et admiration,  Steve Jobs révèle sa nouvelle machine, sur un fond musical de Vangelis, tiré des Chariots de Feu:


 

A 30 ans, Jobs est débarqué par les actionnaires d’Apple. Il fonde alors Next, et la société d’animation Pixar, rachetée par Disney en 2006 pour 7.6 milliards de dollars. Au même moment, la société Apple est au bord de la faillite. Elle rappelle alors l’iGod, pour que se produise un miracle, et le miracle se produisit : lancement de l’iMac, révolution du marché de la musique avec l’iPod, bouleversement du monde de la téléphonie avec l’iPhone. A la suite de tous ces succès, le cours de l’action Apple est multiplié par 13. Il faut l’avouer, Jobs a vraiment fait du bon boulot. Selon le magazine Fortune, Apple serait d’ailleurs aujourd’hui l’entreprise mondiale la plus profitable à ses actionnaires.

 

Cependant, pour hisser une marque au rang de religion, il faut plus que de très bons résultats financiers. Steve Jobs a réussi à imposer des rituels, et à créer des phénomènes d’attente et d’excitation proche de la frénésie avant la sortie d’un nouveau produit. Au cours des célèbres « keynotes », durant lesquelles ils révèlent les derniers produits à une foule de journalistes et d’invités, Steve Jobs est acclamé comme une star du rock. Tel un acrobate, un magicien qui ferait son numéro le plus complexe, Steve Jobs sort simplement de sa poche un iPod, un iPhone, et provoque la fascination de son public. Son dernier tour a été la présentation de l’iPad, (non, pas l’EPAD) :

 


On remarquera d’ailleurs qu’entre 1984 et 2010, les shows de Steve Jobs sont toujours sensiblement les mêmes, même si la tenue de l’artiste a peu changé : un sens de l’humour prononcé, surtout lorsqu’il s’agit de décrédibiliser les concurrents, et un émerveillement devant son nouveau produit, incarnant chaque fois un mélange subtil de design, de simplicité et de performances. L’humour d’Apple associé à un vrai sens de la créativité est d’ailleurs une arme redoutable contre les concurrents, comme nous le rappelle ce petit best of 2007 des spots « Mac VS PC », qui crédibilise avec finesse et légèreté les PC et leur système d’exploitation :

 

 

Du Macintosh à l’iPad : les produits d’Apple, des succès assurés ?

 

Les promesses de l’iPad sont nombreuses: une révolution de la lecture des magazines, des journaux et des livres électroniques, mais aussi, un bouleversement de notre manière de jouer aux jeux vidéo, de naviguer sur le Web, de regarder des films. C’est dans ce contexte que certains parlent d’une « réinvention par Apple de l’informatique individuelle » (Charles Arthur, « Pourquoi Steve Jobs gagne presque à tous les coups », Courrier International n°1004, 28/01/2010-03/02/2010, p.32). Cependant, quelle différence entre cette tablette et un ordinateur portable ultra mince, à l’exception des fonctionnalités tactiles ? En effet, Asus, Lenovo et même Apple fabriquent déjà des ordinateurs portables ultra minces (cf Macbook Air ).  La grande recette de la réussite d’Apple est simple : prendre une idée existante, se l’approprier à la sauce Apple, et en faire quelque chose d’irrésistible. A titre d’exemple, l’iPod n’était pas le premier lecteurs MP3 à sa sortie en 2001. Il s’est pourtant hissé à la tête du marché avec plus de 230 millions d’exemplaires vendus grâce à une capacité de stockage plus grande, un format plus petit et une fantastique molette cliquable, si pratique qu’elle en est devenue indispensable. De même, l’iPhone n’était pas le premier smartphone à être lancé sur le marché, toutefois, grâce à son design épuré, à sa capacité de stockage, et surtout au développement de milliers d’applications aussi amusantes que fonctionnelles, ce téléphone s’est imposé comme la référence des téléphones portables. Avec l’iPad, Apple se propose tout simplement de réinventer nos habitudes de consommation de médias numériques.

 

L’histoire d’Apple comprend aussi quelques zones d’ombres. Les produits de la pomme n’ont pas tous été des succès, à l’image du premier Macintosh portable sorti en 1989 : 7.2kg pour 4600 euros; du G4 Cube, une unité centrale concentrée dans un cube de 20 cm ; ou encore l’Apple TV, un décodeur permettant une communication sans fil entre un téléviseur et un ordinateur.

 

Toutefois, même si certains sont sceptiques concernant l’utilité de l’iPad, ce dernier s’illustrera sûrement comme le nouveau succès d’Apple. En effet, 300.000 iPad auraient été vendus le jour de sa sortie le 3 avril dernier aux Etats-Unis, et 600.000 livres électroniques auraient été téléchargés (cf AFP). L’ipad est vendu entre 499 et 699 dollars pour la version Wi-Fi, et sera vendu entre 629 et 829 dollars pour la version Wi-Fi 3G , qui sera disponible aux Etats-Unis fin avril. Si l’empressement semble moins important que lors du lancement de l’iPhone à New York, des groupes de fans avaient attendu pendant 5 jours devant les magasins avant le lancement de la machine en 2007, les incertitudes concernant le succès de l’iPad semblent toutefois d’être estompées.

 

 

Des files d'attente se sont formées devant les magasins avant la sortie de l'iPad aux Etats Unis.

Les premiers utilisateurs parlent d’une machine aux finitions superbes, à l’écran somptueux, mais regrettent l’absence de webcam, un fonctionnement parfois un peu aléatoire du Wi-Fi, et surtout  l’absence d’un port USB permettant de brancher par exemple, un appareil photo.

 

Quel avenir pour Apple sans son iGod ?


La personnification d’Apple par Steve Jobs semble presque totale, à tel point que certains se demandent ce que vaudrait Apple sans son gourou. En effet, l’entreprise à la pomme s’est construite autour de la personnalité et l’inspiration de Steve Jobs. Dès lors, que deviendrait-elle sans lui ? En effet, depuis que Steve Jobs s’est sorti miraculeusement d’un cancer du pancréas en 2004, la question se pose de savoir si Apple pourra continuer sans lui. Depuis cette date, le bilan de santé du dirigeant semble aussi important que le bilan financier de son entreprise aux yeux des analystes financiers de Wall Street. Le cours de l’action Apple semble presque corrélé à l’état de santé du grand gourou : lorsque Steve Jobs rassure le public sur sa santé, l’action remonte, et lorsqu’il l’inquiète, l’action manque de s’effondrer.

 

Andy Hertzfeld, l’un des concepteurs du premier Mac, déclare : il est « ridicule de penser qu’Apple est une entreprise qui ne repose que sur une seule personne. Il y a des centaines, sinon des milliers d’individus qui y travaillent. Leur destin après Steve dépendra en grande partie de la direction qu’ils se donneront pour le remplacer. L’entreprise s’est désintégrée après le départ de Steve, au milieu des années 1980 ; espérons qu’ils feront mieux la prochaine fois. »   (Bryan Appleyard, « Un patron perfectionniste et exigeant », Courrier International n°1004, 28/01/2010-03/02/2010, p.34-35)

 

D’autres sont beaucoup plus sceptiques quant à l’avenir d’Apple sans Jobs. Selon Philip Elmer-DeWitt, qui est responsable du blog Apple 2.0, Apple pourrait suivre sa lancée actuelle en poursuivant le même modèle commercial pendant plusieurs années. Toutefois, « les choses seront différentes sur un point essentiel : avec Jobs, il y avait un type au début et à la fin de tout projet, et ce type avait le pouvoir de dire : ‘C’est nul, reprenez, tout de zéro’. Celui ou celle qui le remplacera aura peut-être la même vision et le même titre de fonction, mais il ou elle ne sera jamais le cofondateur ou la cofondatrice d’Apple, et donc n’aura jamais la même autorité que lui. » (Bryan Appleyard, « Un patron perfectionniste et exigeant », Courrier International n°1004, 28/01/2010-03/02/2010, p.34-35)

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8 réponses à “Apple et Steve Jobs: une religion et son gourou

  1. Pingback: Apple, quand le marketing rencontre Dieu | Le blog de l'agence The Apps Factory·

  2. Pingback: Apple et Steve Jobs: une religion et son gourou (via États du Lieu) « iPhone Systeme·

  3. Super acticle, vraiment.
    Je suis aussi un immense fan de Apple (j’ai plus de cinq sites sur eux ) et cette article m’a appris plus d’une chose intéressentes.
    Cordialement

    iTouchKiller

  4. Pingback: Tweets that mention Apple et Steve Jobs: une religion et son gourou « États du Lieu -- Topsy.com·

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