Le Guru de Gang Starr

Écrit pour Nova

Le duo de rap Gang Starr naît en 1987 de la rencontre entre Keith Edward Elam a.k.a. Guru (pour Gifted Unlimited Rhymes Universal), MC de Boston, et Christopher Martin, aka DJ Premier ou Primo, DJ de Houston.

Le son de Gang Starr (qui ne s’écrit pas Gangstarr comme certains officiels peuvent l’écrire) a influencé toute une vague de standards sur la côte Est des années 90. Même s’ils s’y refusent, ils sont catalogués pionniers du jazz-rap. Eux préfèrent dire « hardcore-jazz-funk ». Leur touch ? Un son jazzy joliment encrassé, une base / basse quasi tribale, avec des mélodies parasites palpables, orchestrales parfois, loin des effets virtuels. Et il en va de même des paroles. Un mélange de réalité hardcore, de conscience sociale et d’esprit positif. Le flow calme et embaumant prend toute son importance sur un DJing subtil en retrait.

No More Mr. Nice Guy (1989) leur premier opus, révolutionne le hip-hop asthmatique de la fin des 80’s. Primo réhabilite la place du DJ, qui souffre alors de l’arrivée des machines. Forts de ce premier album qui pose les bases de leur style, ils sont contactés par Spike Lee, intrigué par les samples jazzy du titre Jazz Music, pour composer un titre pour un de ses films.

Tout s’enchaîne rapidement pour les bosseurs Gang Starr. Un meilleur label, deux albums en béton armé en deux ans. Step in the Arena (1991), Daily Operation (1992), rangés au panthéon du hip-hop, sont deux usines à classiques. Just to Get a Rep ou  Who’s Gonna Take the Weight sur le premier, I’m the Man ou Ex Girl to Next Girl sur le deuxième.

En parallèle, les deux commencent leurs épopées solo. Jazzmatazz pour Guru, et collaborations prestigieuses pour Primo. Ils ne se retrouveront que par intermittence, fidèles à leur style. Hard to earn, en 1994, est plus hardcore et engagé que les précédents. Mass Appeal et Code of the Street en témoignent avec des lyrics à mains armées et des refrains scratchés jusqu’à la moelle.

La consécration vient en 1998, avec le bien nommé Moment of Truth. Les featurings prennent du relief : Inspectah Deck du Wu-Tang (vu au concert de Method Man), M.O.P. ou encore Scarface. La critique est unanime. Preuve de l’influence et du bagage de Gangstarr, des conseils aux kids et des bribes de nostalgie dans les textes. Preuve de leur ancienneté, un best-of pour leurs dix ans, sorti dans la foulée. Il comprend quelques inédits dont le bijou All 4 Tha Ca$hThe Ownerz, en 2003, feat Snoop ou Jadakiss, est moins retentissant. Retour au old school, hommage aux morts, la collaboration bat de l’aile.

En 1991 déjà, ils sont de passage chez Nova, au micro de Loïk Dury (écouter sur Nova), pour leur 2ème album. « On n’a jamais essayé de lancer un courant » disent-ils, modestes, alors que les auditeurs français découvrent un son révolutionnaire. On écoute un Premier savant, qui écoute AC/DC, Hendrix ou encore Police, pour surprendre, et EPMD, Rakim, De La Soul, pour rassurer ses fans. Les lascars n’oublient pas de tacler le gros vendeur de disque d’alors : Vanilla Ice (« il appelle ça du rap »). Guru explique aussi comment il travaille. En gardant toujours la forme, son flow calme, il invente un nouveau fond sur chaque prod de Primo. Le contenu des lyrics et le style du texte est différent sur chaque beat.

C’est Guru, ce jazzman du flow, ce tranquille du mic, cet échauffé de l’engagement, cette accalmie permanente pour parler de tempête, ce lyriciste de génie… C’est ce Gang Starr, qui nous a quitté.

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