La langue du Nord

La Ligue du Nord, c’est ce parti politique italien tout en tact qui prône l’indépendance du nord du pays, la fin de l’immigration et tout le tremblement.

Souvent taxé de populiste, le parti, que Le Monde n’hésite pas à vulgariser «parti anti-immigrés», est né en 1989 de l’union de divers mouvements sécessionnistes comme la Ligue lombarde et la Ligue vénitienne. Dirigé de main de fer par le tribun Umberto Bossi (photo) – surnommé « il Senatùr » depuis son élection controversée au Sénat en 1987 -, le parti s’est bâti sur une rengaine, l’indépendance de la Padanie vis-à-vis de « Roma Ladrona » – Rome la voleuse. La réforme dite du « fédéralisme fiscal », pour ne plus avoir à aider financièrement le Mezzogiorno, cette région pauvre du sud de la péninsule, est au cœur des revendications de la Ligue.

Berlusconi, pour sa réélection, a été obligé de composer avec la Ligue du Nord tant le parti tout de vert vêtu a conquis un pan important de l’électorat de droite à force d’un « travail lent et méthodique d’implantation » juge Jean-Yves Camus, spécialiste de l’extrême droite à l’Institut des relations internationales et stratégiques de Paris. Les hommes de main du Senatùr ont ainsi empoché des portefeuilles de choix dans le gouvernement du Cavaliere.

L’analyse de ces « chemises vertes » par Pierre Milza – auteur de L’Europe en chemise noire. Les extrêmes droites en Europe de 1945 à aujourd’hui -, rapportée sur Wikipédia, est particulièrement claire. «Fondamentalement nationaliste et populiste, exprimant en termes virulents son hostilité à l’establishment politique et aux institutions démocratiquement adoptées par le peuple, dénonçant avec véhémence et de manière souvent haineuse l' »invasion étrangère » et la « société multiraciale », poussant quasiment au coup d’État des dizaines de milliers de manifestants rassemblés pour entendre proclamer la mort de l’État unitaire et républicain, la Lega ne peut guère échapper à un étiquetage qui la place sur le même rayon que le Front national en France ou le FPÖ autrichien ». Quand on regarde un de leur clip, comme celui ci-dessous (« Fini l’invasion, avec nous »), on ne peut que le constater.

Ce parti séparatiste et xénophobe, allié au Peuple de la liberté (sic) de Silvio Berlusconi, n’a pas fini de fêter son petit triomphe aux récentes régionales qu’il fait déjà sa loi en Lombardie et en Vénétie.

Premier coup d’éclat : fini les enseignes de magasins aux langues dites « incompréhensibles« . Les devantures en arabe, chinois, doivent être traduites en italien, voire en patois local (lombard, vénitien…). « Le sashimi à Vérone deviendra pesce crudo, le kebab à Venise piecoro fatto a felle… » se chagrine l’opposition.

À l’heure où l’Union Européenne se tire les cheveux sur des mesures supranationales de façade, la Ligue du Nord régionalise toujours plus les débats. Les professeurs devront par exemple être issus de la région où ils enseignent et promouvoir les patois locaux.

Ci-dessous, deux affiches de la récente campagne des régionales. Sur la première : « Devine qui est le dernier ? »  – Sur la deuxième : « Oui à la Polenta, Non au Couscous – fiers de nos traditions »

Les vendeurs immigrés sont désormais tenus de maîtriser la langue transalpine, et devront très certainement se soumettre à des examens de comptabilité. Le quotidien La Republica fait un parallèle entre cette mesure ethnorégionaliste et le décret de 1938 du régime fasciste, qui sanctionnait les vendeurs de produits étrangers.

Espérons qu’avec un bon mondial des Azzurri, la « botte » retrouve un semblant d’union nationale.

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