Fragment d’une pensée sans concession

Un an avant Mai 68, Guy Debord publie La Société du Spectacle. L’oeuvre propose une description, une analyse et une critique vitriolées des sociétés modernes constituées depuis les révolutions bourgeoises et industrielles des XVIII et XIXe siècle, une critique du « moment historique qui nous contient » et nous contient encore aujourd’hui, du système économico-social qui régit l’organisation humaine moderne.  Elle se caractérise, selon lui, par l’illusion généralisée du réel, due à l’expansion de l’économie à toutes les échelles de la vie sociale : « Dans le spectacle, image de l’économie régnante, le but n’est rien, le développement est tout. Le spectacle ne veut en venir à rien d’autre qu’à lui-même ».

Ainsi, la société ne vit et ne se vit que grâce à son spectacle : sa représentation médiatique, mentale, sociale. L’image de la réalité adoptée par tout le monde, ou presque, en vient à cacher et à remplacer la réalité effective. Cependant, afin d’éviter de trahir la pensée d’un auteur pointilleux, complexe et difficilement maîtrisable, il est préférable de le laisser discourir seul. En 1973, Debord sort le film La Société du Spectacle (en neuf volets sur YouTube), une mise en lumière de son texte par le détournement d’images médiatiques ou issues d’autres films. Un voyage critique et philosophique, une bombe poétique qui résonne encore aujourd’hui, pour peu que l’on veuille s’y plonger.

Cette réalisation de La Société du Spectacle ne fera pas l’unanimité, mais trouvera tout de même quelques défenseurs. Quelque soit leurs opinions sur son film, Guy Debord répondra à ces critiques par l’intermédiaire d’un autre film sorti en 1975 : Réfutation de tous les jugements, tant élogieux qu’hostiles, qui ont été jusqu’ici portés sur le film « La Société du Spectacle ». Comme le titre l’indique, ses propos réfléchis, jetés avec une verve coupante, s’attaquent autant aux beni-oui-oui d’un jour qu’aux pourfendeurs invétérés de sa réalisation. Cette réponse (en trois volets sur YouTube) où l’on voit un esprit désolé par la stupidité et la mauvaise foi de son temps, est encore plus vindicative et efficace que l’opus qui l’a fait naître.

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