Le Président Palmer est-il un personnage cohérent?

 

Dans son article, « Le président des États-Unis, héros de série télévisée. La figure présidentielle dans les séries américaines récentes »[1], Marjolaine Boutet analyse la représentation du président des Etats-Unis dans les fictions télévisées américaines. Si ce personnage semble occuper une place centrale dans le cinéma américain depuis ses débuts, comme l’illustre bien le film de John Ford, Young Mr.Lincoln, sorti en 1939, l’apparition du président américain dans une fiction télévisée est bien plus tardive. Ce n’est qu’à la fin des années 90 qu’une série télévisée s’intéresse de près à la politique, et notamment au gouvernement fédéral, avec The West WingÀ la Maison Blanche-, série créée par Aaron Sorkin en 1999, et diffusée sur NBC. Cette série décrit la vie quotidienne du président des Etats-Unis et de ses collaborateurs à la Maison Blanche. Alors que les sujets de politique gouvernementale ont pour réputation ne pas intéresser les téléspectateurs, The West Wing attire plus de 20 millions de personnes chaque semaine au cours des deux premières années de diffusion. La première diffusion de la série 24 -24 heures chrono- s’inscrit dans cette nouvelle tendance d’intérêt de plus en plus marqué des téléspectateurs pour les leaders politiques.

 

La série 24 heures chrono, créée par Joel Surnow et Robert Cochran, a été diffusée pour la première fois sur la chaîne Fox en 2001. Au cours de ses 192 épisodes étalés sur huit saisons, six présidents des Etats-Unis se succèdent, sur fond d’attaques terroristes nucléaire, chimique et bactériologique. Le président qui a le plus marqué les téléspectateurs est sans doute David Palmer, personnage central des trois premières saisons, mais restant toutefois présent jusqu’à la saison 5. David Palmer, interprété par Dennis Haysbert, est un candidat démocrate qui devient président des Etats-Unis. C’est un personnage central d’une grande droiture, très charismatique, qui a la caractéristique d’être afro-américain. Sa popularité auprès des téléspectateurs aurait d’ailleurs peut-être préparé psychologiquement les citoyens américains à élire Barack Obama. Il apparaît comme capable de prendre des décisions cruciales et lourdes de conséquences, dans des situations de grande tension où l’avenir des Etats-Unis et de son peuple sont en jeu. Dans le cadre d’attaques terroristes successives, sa volonté première semble être de protéger les citoyens américains. Sa dimension presque messianique, ou du moins son image de père protecteur, est cristallisée par son assassinat au début de la saison 5, qui rappelle les circonstances de la mort du Président Kennedy.

Incarnation de la raison et de l’éthique, la droiture du Président Palmer est toutefois constamment mise à l’épreuve par des complots issus de son entourage familial, ou commandités par ses adversaires politiques. À cet égard, la saison 3 est particulièrement intéressante. Elle permet d’étudier en profondeur la personnalité du Président Palmer et ses engagements moraux, et d’analyser ses choix en réalisant une ethnographie morale. La fiction s’inscrivant dans l’action, la méthode de l’ethnographie morale des personnages apparaît tout à fait justifiée. Il s’agit de l’étude descriptive et analytique des priorités morales et des actions des personnages. Les pensées et les actions des personnages ne sont pas censées s’opposer, ce qui fait que les personnages se révèlent dans leurs actions. Par ailleurs, les éléments perturbateurs ont pour objectif de mettre à l’épreuve moralement les personnages avant que ceux-ci n’agissent. Les personnages se positionnent à partir de leurs actions, ce qui permet au téléspectateur de tenter d’anticiper leurs actions. Dès lors, il s’agit tout d’abord de décrire les engagements moraux du Président Palmer, puis de comprendre comment ses priorités morales sont mises à l’épreuve par des éléments perturbateurs. Enfin, il faut analyser les choix du Président et ses actions par rapport aux épreuves.

 

Trois années après les événements survenus pendant la Saison 2, Jack Bauer et son équipe doivent contrer une nouvelle attaque terroriste lancée sur la ville de Los Angeles, et empêcher qu’un virus mortel ne soit répandu. Le Président Palmer doit gérer cette nouvelle crise alors qu’il est en pleine campagne pour assurer sa réélection face au Sénateur Keeler, le candidat républicain. L’ethnographie morale du Président Palmer n’est volontairement pas centrée sur l’analyse de sa gestion de la crise terroriste, mais sur deux épreuves qui menacent sa réélection : le débat qui l’oppose au sénateur Keeler, et sa confrontation avec Alan Milliken, qui avait pourtant soutenu sa campagne.

Au cours de ces deux épreuves, les engagements moraux du Président, sa droiture et son intégrité, sont menacés. Son frère et chef de Cabinet Wayne Palmer, ainsi que son ex-femme Sherry Palmer, jouent tous deux un rôle central dans la remise en cause de son système de valeurs. À travers l’analyse de ces deux épreuves, la première s’étendant de l’épisode 2 à 4, et la seconde de l’épisode 9 à 24, les priorités morales du Président Palmer peuvent être identifiées.

Toutefois, on peut remarquer qu’au fil de la saison et des épreuves, les choix du personnage semblent évoluer. Incarnant la raison et l’éthique, le Président Palmer est progressivement confronté au chantage, au mensonge, au vol, et même à une complicité de meurtre.

 

Au regard des épreuves que le Président traverse, plusieurs questions peuvent être posées : le Président Palmer est-il un personnage cohérent ? En quoi ses choix et ses actions sont-ils contradictoires ou cohérents? Ces deux questions débouchent finalement sur une question centrale : le pragmatisme politique peut-il légitimer l’immoralité ?

 

 

Epreuve 1 : le vol de l’agenda du Sénateur Keeler, et le chantage de Ted Packard (Episodes 2-4)

 

Résumé des épisodes

 

Au début de la saison 3, un débat doit être organisé entre le Président Palmer, et le sénateur Keeler, candidat républicain pressenti aux prochaines élections. D’une manière peu avouable, le chef de Cabinet du Président propose à ce dernier de récupérer un dossier appartenant au sénateur pour analyser ses questions avant le début du débat. Le Président rejette cette idée immorale avec colère (Episode 2, 14h-15h). Cependant, Wayne met le Président devant le fait accompli et récupère une copie du dossier du sénateur. Il découvre alors que le sénateur a prévu d’interroger le Président sur l’implication de sa compagne, Anne, dans un scandale pharmaceutique au côté de son ex-mari, Ted Packard. En revenant sur certaines déclarations vieilles de plus de dix ans, Ted Packard met en cause la responsabilité d’Anne, et menace ainsi la réputation du Président.

Wayne Palmer trouve une solution qu’il présente au Président : Ted Packard demande une somme d’argent pour garder le silence. Toutefois, David Palmer est convaincu de l’innocence d’Anne, et se sent prêt à affronter ces accusations au grand jour. Par ailleurs, il refuse toute idée de chantage. Cependant, Wayne convainc le Président que malgré son innocence, Anne n’arrivera pas à supporter la pression médiatique autour de l’affaire. Le Président finit par accepter la proposition de son chef de Cabinet, et cède au chantage (Episode 3, 15h-16h).

À 16h12, lorsque Wayne annonce au Président qu’il a rendez-vous avec l’ex-mari d’Anne, le Président semble montrer des signes de regret. À 16h20, le Président retrouve Anne qui lui affirme qu’elle se sent capable d’affronter ce scandale et la pression des médias. Le Président appelle alors Wayne en lui demandant d’annuler la transaction. Après cet événement, Wayne demande à Anne ce qu’elle ressentira si son frère ne remporte pas les élections à cause d’elle. Il ajoute qu’il fera tout pour éviter qu’elle ne détruise sa carrière (Episode 4, 16h-17h).

 

Analyse des engagements moraux et des actions du Président

 

Ces trois épisodes permettent de dégager les engagements moraux du Président grâce à une mise à l’épreuve. Cette dernière regroupe différents thèmes : le pragmatisme politique et le chantage, l’éthique, et la protection des êtres chers. La question centrale est ici de savoir si le chantage peut être justifié à des fins politiques. Pour David Palmer, la réponse est négative. Obtenir une copie de l’agenda de Keeler n’est pas une pratique admissible, comme le souligne sa remarque à son frère : « You know there’s no way on earth that I would ever agree to this »[2], et acheter le silence de Ted Packard est une idée insupportable. En effet, le Président est un symbole d’intégrité et de droiture morale. Le chantage est ici associé à une pratique salissant l’honnêteté du Président. Le Président préfère affronter les accusations au grand jour, en faisant preuve de vrai courage politique.

Le téléspectateur pourrait dès lors être surpris que le Président accepte finalement la proposition de chantage. Toutefois, le Président ne se résigne pas à cette pratique pour des raisons de stratégie politique, mais dans une logique de protection de ceux qu’il aime. Wayne Palmer, qui a pour seule priorité la réélection de son frère, et qui est convaincu de l’utilité du chantage, connaît assez bien son frère pour lui présenter l’argument adéquat pour le convaincre. Selon Wayne, Anne ne supportera pas la médiatisation du scandale. En utilisant l’argument de la protection d’Anne, Wayne réussit à convaincre son frère de céder au chantage.

Même si la pratique du chantage est incompatible avec les priorités morales du Président, soit l’honnêteté politique, ce dernier est prêt à faire une exception pour protéger ses proches. Dans sa hiérarchie des priorités morales, le Président fait donc passer ici l’amour de ses proches avant sa conception idéale de la politique. Ce n’est qu’après qu’Anne lui a expliqué qu’elle peut gérer cette situation seule, que ce dernier est rassuré, et renonce finalement au chantage. Le Président est donc présenté ici comme un personnage incorruptible et parfaitement intègre, dont la seule faiblesse est l’amour de ses proches. Ceci permet d’ailleurs de ne pas ternir l’image idéalisée du Président aux yeux des téléspectateurs.

À l’inverse de son frère, Wayne Palmer est l’incarnation du pragmatisme politique. Toute décision semble légitime si elle permet de protéger la réputation du Président, et de ne pas menacer sa réélection. D’une certaine manière, les choix qui semblent insupportables, car immoraux, mais nécessaires au Président, sont assumés par son chef de Cabinet. C’est une manière pour le Président de conserver son intégrité en ne se compromettant pas. Il se contente de fermer les yeux sur ce que fait Wayne.

En acceptant d’affronter Keeler sans interférer dans la préparation du débat, et en refusant de céder au chantage, l’honneur du Président Palmer est sauf. Il apparaît une fois de plus comme l’incarnation de la droiture politique. Toutefois, ses priorités morales sont une nouvelle fois mises à l’épreuve par un problème qui survient à l’épisode 9, et qui n’est résolu qu’à la fin de la saison 3.

 

 

 

Epreuve 2 : la confrontation avec Alan Milliken, puis avec Sherry Palmer (Episodes 9-24)

 

Résumé des épisodes

 

Au cours de l’Episode 9 (21h-22h), le Président Palmer est convié chez Alan Milliken, l’un des principaux soutiens politiques du Président dans sa campagne. Alan Milliken a découvert que sa femme Julia avait eu une aventure avec Wayne. Il demande alors au Président Palmer de renvoyer son chef de cabinet. Le Président refuse malgré les intimidations de Milliken, qui menace de priver le Président de son soutien politique.

Dans l’Episode 10 (22h-23h), Alan Milliken commence à mettre en pratique ses menaces, en demandant à des sénateurs de retirer leur voix du projet de réforme de la Santé du Président. Conscient de son erreur, et de la menace qu’il représente pour le succès politique du Président, Wayne présente sa démission afin de satisfaire la demande de Milliken. Toutefois, le Président refuse que Milliken ne lui dicte ses choix politiques. Il décide alors d’appeler à l’aide son ex-femme, Sherry Palmer. Cette dernière connaît un certain nombre d’histoires sur Milliken lui permettant de faire pression sur lui. Le Président laisse carte blanche à Sherry (Episode 11, 23h-minuit), sans savoir ce qu’elle prépare.

Arrivée chez les Milliken, Sherry demande à Julia de convaincre son mari d’arrêter de faire du chantage au Président. Alan Milliken se réveille et fait une attaque cardiaque devant les deux femmes. Sherry empêche alors Julia de donner des médicaments à son mari pour le sauver (Episode 13, 1h-2h). Sherry cache la vérité au Président, et lorsque l’inspecteur Norris l’appelle à la suite des aveux de Julia, Sherry nie les faits et déclare au détective que le Président pourra confirmer sa version des faits (Episode 15, 4h-5h).

Toutefois, le Président refuse la demande de Sherry, car cela le rendrait complice d’une meurtrière. Il convoque le chef de la police pour lui dévoiler la vérité, mais confirme finalement l’histoire de son ex-femme. Fou de rage et se sentant coupable d’avoir menti, il va ensuite voir Sherry et lui demande de disparaître (Episode 16, 4h-5h).

Pour se venger du Président, Sherry décide d’aller voir le sénateur Keeler, et lui annonce que le Président est complice d’un meurtre qu’elle a commis. Elle possède en lieu sûr le flacon de médicaments qui aurait pu sauver Alan Milliken, et peut démontrer que le Président a tenté d’étouffer l’affaire. En échange de cette preuve inculpant le Président, elle demande à Keeler une place dans sa future administration présidentielle, lorsque ce dernier aura gagné les prochaines élections (Episode 21, 9h-10h).

Le sénateur va donc voir le Président et lui demande sa démission en échange du flacon de médicaments, preuve de sa culpabilité. Le Président refuse de céder au chantage de Keeler. Il autorise alors Wayne à employer les moyens qu’il faut pour récupérer la pièce à conviction chez Sherry (Episode 22, 10h-11h).

 

Analyse des engagements moraux et des actions du Président

 

Cet enchaînement d’événements est particulièrement intéressant pour étudier l’évolution des choix moraux du Président, notamment à la lumière de la première mise à l’épreuve analysée. Le Président refuse de céder au chantage de Milliken dans l’Episode 9, ce qui inscrit son comportement dans une continuité cohérente par rapport à son précédent refus d’acheter le silence de Ted Packard. Par ailleurs, il refuse aussi de céder au chantage de Keeler, ce qui souligne sa combativité.

Cependant, le fait d’appeler son ex-femme pour résoudre cette affaire entraîne progressivement le basculement du Président dans l’immoralité.  En effet, le Président finit par mentir au chef de la police pour couvrir Sherry, et par accepter que Wayne s’introduise illégalement chez Sherry pour récupérer le flacon de médicaments.

Le personnage qui incarnait la droiture la plus totale fait usage de son image pour couvrir un meurtre, ment à un officier de police, et autorise un vol. À mesure que les heures passent, le Président s’enfonce de plus en plus dans l’immoralité. Au final, le Président n’est pas mis en cause mais Alan Milliken, Sherry et Julia finissent tous les trois par mourir. Le Président Palmer tombe ici de son piédestal, ce qui démontre aux téléspectateurs que tout homme politique peut basculer dans l’immoralité, comme l’ont d’ailleurs souligné le scandale du Watergate pour le Président Nixon dans les années 70, et l’affaire Lewinsky pour le Président Clinton en 1997.

A cet égard, la scène qui clôt ces événements est intéressante : Wayne vient annoncer la mort de Julia et de Sherry au Président, et même s’il semble très affecté, il arrive toutefois à relativiser les faits en soulignant l’avantage que leur procure cette situation : « Listen, I’m not gonna try to pretend that we can just put this bebind us. But the fact is… The fact is that politically we’re free of everything. Free of Milliken’s extortion, his death. Free of Sherry’s involvement. »[3]. Cette remarque est totalement cohérente par rapport aux priorités morales de Wayne qui fait passer la stratégie politique, et la réélection de son frère, avant toute chose. Toutefois, David Palmer est ici surpris du pragmatisme extrême de son frère, alors qu’il vient d’apprendre la mort de la mère de ses enfants : « You’re thinking of the politics of this ? »[4]. Pour la première fois depuis le début de la saison, les priorités morales de Wayne et du Président apparaissent comme totalement incompatibles. Jusqu’alors le Président avait toujours plus ou moins suivi les conseils de son chef de Cabinet. Cette scène souligne que cette fois, Wayne est allé trop loin en rentrant en totale contradiction avec les priorités morales du Président. La disparition de trois personnes ne peut pas être un argument de stratégie politique.

Cette seconde mise à l’épreuve a fortement ébranlé le Président qui a eu un comportement en contradiction avec ses engagements moraux d’intégrité et d’honnêteté. En violant ses priorités morales, le Président semble ressentir une certaine culpabilité, surtout face à la mort de Julia et de son ex-femme. Ces deux décès semblent apparaître comme une certaine punition aux yeux du Président. Le pragmatisme politique incarné par Wayne apparaît ici sous son côté le plus sombre, et accompagné de ses conséquences les plus douloureuses. Cette situation semble provoquer un sentiment de dégoût du Président envers la politique. Dès lors, le Président n’envisage qu’une solution, quitter le monde politique pour ne plus subir ses conséquences néfastes. Il annonce donc en privé à Jack Bauer qu’il ne se représentera pas aux prochaines élections. Cette décision, qui surprend Jack tant le Président semblait incarner à ses yeux une certaine justesse politique, fait du Président un personnage cohérent qui tente de renouer le lien avec ses priorités morales, après les avoir violées.

 

Conclusions des deux mises à l’épreuve

 

David Palmer, Wayne Palmer et Sherry Palmer ont tous les trois des priorités morales différentes. David Palmer incarne la droiture morale ; sa priorité morale est donc l’honnêteté politique  pour le bien du peuple, car il est l’incarnation de la nation américaine et de ses valeurs. Au sommet de la hiérarchie du Président semble se placer la protection du peuple américain, suivie de l’honnêteté politique, et pour finir le pragmatisme politique consistant à assurer sa réélection. Toutefois, l’épisode de l’agenda de Keeler souligne l’apparition d’une nouvelle priorité dans la hiérarchie du Président: la protection des proches a une importance supérieure à l’honnêteté politique, ce qui permet de légitimer des pratiques politiques immorales aux yeux du Président, comme le chantage.

Au cours de la seconde mise à l’épreuve, cette hiérarchie est bouleversée. Le bien commun du peuple américain reste au sommet de la hiérarchie, même si ce thème n’est pas vraiment traité dans les deux mises à l’épreuve étudiées, mais le pragmatisme politique prend une importance plus grande que la moralité politique.

Toutefois, cette nouvelle hiérarchie semble rentrer en contradiction avec la personnalité du Président et avec ses précédents choix moraux, comme le souligne l’énervement ou la colère du Président lorsque celui prend une décision immorale. Cette nouvelle hiérarchie est en fait la conséquence de l’action de Wayne et de Sherry qui ont chacun une hiérarchie de priorités différente de celle du Président. Pour Wayne, la priorité est la réélection du Président, le pragmatisme prime donc sur l’honnêteté politique. Pour Sherry, la priorité la poursuite de ses propres intérêts, ce qui légitime les pratiques immorales les plus extrêmes, allant jusqu’au meurtre d’Alan Milliken.

Le Président Palmer apparaît comme pris dans un étau qui se referme. L’immoralité des actes de Sherry le pousse  malgré lui à privilégier le pragmatisme politique à l’honnêteté, en mentant au chef de la police pour justifier la version de son ex-femme concernant la mort de Milliken. Finalement, la cohérence du personnage n’est donc pas vraiment remise en cause dans ses actes, puisque son comportement est fortement influencé par les actions de Wayne – qui a eu une relation avec Julia et est responsable de la seconde mise à l’épreuve-, et de Sherry –qui a commis le meurtre de Milliken-.

Le débat entre pragmatisme et éthique semble renvoyer à l’ouvrage de Machiavel, Le Prince. Machiavel cherche à savoir comment le prince doit maintenir le pouvoir, et quels qualités et vices il doit posséder pour régner. Machiavel a une vision très pragmatique de la politique dépourvue de bons sentiments et d’éthique, ce qui justifie parfois le mensonge pour aboutir à terme, au bien général. Ainsi, lorsque Machiavel déclare au début du Chapitre XV : « il faut donc qu’un prince qui veut se maintenir, apprenne à ne pas être toujours bon, et en user bien ou mal, selon la nécessité, […] certaines qualités qui semblent être des vertus feraient la ruine de prince, de même il en est d’autres qui paraissent être des vices, et dont peuvent résulter néanmoins sa conservation et son bien-être » [5], il semble légitimer les priorités morales de Wayne, voire même celles de Sherry qui fait cependant passer la recherche de son intérêt personnel avant celui du peuple américain.

Le Président Palmer semble donc être un personnage cohérent. Malgré les contradictions de ses actes, qui sont les conséquences des actions d’autres personnages, une certaine convergence persiste dans l’ordre de ses priorités morales. Ces contradictions sont finalement résolues par la décision du Président de ne pas continuer sa carrière politique, ce qui prouve qu’il ne peut pas assumer les actes immoraux qu’il a commis, et que ses priorités morales restent inchangées, la moralité politique étant au sommet de sa hiérarchie.

 

Bibliographie

 

v    Surnow J., Cochran R, 24 heures chrono, saison 3, épisodes 2-4 et épisodes 9-24, 2003

v    Boutet M., « Le président des États-Unis, héros de série télévisée. La figure présidentielle dans les séries américaines récentes», Le Temps des médias n°10, printemps 2008, p.156-169

v    Machiavel N., « Le Prince », trad. Patrick Dupouey,  » Les intégrales de philo », Nathan, 1998 :

http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/textes/textesh/machiav1.htm

 

 

 


[1] Boutet M., « Le président des États-Unis, héros de série télévisée. La figure présidentielle dans les séries américaines récentes», Le Temps des médias n°10, printemps 2008, p.156-169

[2] Episode 2, 14h-15h

[3] Episode 24, 12h-13h : 12h17 et 31 secondes

[4] Episode 24, 12h-13h : 12h17 et 58 secondes

[5] Machiavel N., « Le Prince », trad. Patrick Dupouey,  » Les intégrales de philo », Nathan, 1998 :

http://www.ac-grenoble.fr/PhiloSophie/logphil/textes/textesh/machiav1.htm

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